Tout commence sur un parking belge, à Nivelles. Les sacs sont lourds, les skis bien au chaud dans leurs housses de voyage, mais l’excitation est déjà là. Direction Amsterdam, puis Istanbul, et enfin Almaty, après près de quatorze heures de voyage. À l’arrivée, au petit matin, la neige et le froid nous accueillent sans détour : le Kazakhstan ne triche pas.
Nous sommes trois copains belges, réunis par le goût de l’aventure, accompagnés de Fred, guide français rencontré au Groenland. Rapidement, le groupe s’élargit : Patricia et Kreg, anesthésistes anglais à l’enthousiasme contagieux, et Ivan, informaticien suédois aussi discret qu’efficace à la montée. Une petite équipe internationale, soudée par la même envie de découvrir des montagnes lointaines, loin des foules.

Le lendemain, afin d’aider à l’acclimatation, nous chaussons les skis dans la station de Chimbulak, au sud d’Almaty. À -15 °C, la remise en jambe est saisissante. Peu de neige sur les pistes mais une atmosphère unique : thé brûlant dans une yourte, rencontre improbable avec un chat des neiges, et ce contraste étonnant entre grande ville et haute montagne toute proche.

Le voyage se poursuit vers l’est, en direction de l’Altaï kazakh. Avion, minibus, tempête de neige… le transfert jusqu’au camp est déjà une aventure. Les derniers kilomètres se font à pied, de nuit dans une neige fraîche qui tombe doucement. À l’arrivée, la magie opère immédiatement. Le staff du camp nous accueille avec une chaleur sincère : sourires, thé brûlant, attention constante et une bienveillance qui ne nous quittera plus. On se sent instantanément chez soi, au bout du monde.
Les journées de ski de randonnée s’enchaînent, intenses et inoubliables. Motoneige pour rejoindre les départs, peaux aux skis dans des forêts profondes, crêtes sauvages et descentes en poudreuse d’une légèreté exceptionnelle. La neige est incroyable, silencieuse, presque irréelle. Les itinéraires serpentent entre les sapins, demandant précision et vigilance. Fred guide, observe, conseille, et improvise quand une peau de phoque décide de nous compliquer la tâche.
Chaque retour au camp est un moment de bonheur simple : une soupe chaude qui réconforte, des plats locaux savoureux, des rires partagés, puis le sauna, véritable refuge contre le froid mordant. Le staff veille à tout, anticipe nos besoins, et transforme chaque soirée en parenthèse de confort au cœur de l’hiver kazakh.

Le froid devient un compagnon de route. Un matin, le thermomètre affiche -33 °C. La nuit fut fraîche dans la yourte, mais au lever du jour, la vallée s’illumine d’une lumière irréelle. On superpose les couches, on apprend à manger vite, à se protéger du vent, et à savourer ces conditions extrêmes qui rendent chaque descente encore plus mémorable.

Le dernier jour nous mène vers Eagle Peak, à travers des paysages féeriques de bouleaux et de sapins chargés de neige. Le sommet est glacial, mais la descente est tout simplement parfaite.

Une ultime soupe, un dernier sauna, et un verre de vodka locale partagé avec l’équipe du camp clôturent cette aventure humaine et alpine.

Lorsque nous quittons les yourtes, le cœur est serré. Le Kazakhstan nous a offert bien plus que de la poudreuse : une nature immense, une hospitalité exceptionnelle et des rencontres fortes. L’Altaï kazakh est une destination rare, exigeante et profondément attachante. Une chose est sûre : nous en repartons changés… et avec une furieuse envie d’y revenir.
Noémie Vanden haute